Blurring : l'hyperconnexion qui atténue la frontière vie pro / vie perso

Blurring : l'hyperconnexion qui atténue la frontière vie pro / vie perso

La notion de « blurring » emprunte le verbe anglais « to blur », signifiant estomper, troubler, flouter.

Appliqué au monde du travail, ce concept fait référence à l’effacement progressif de la frontière entre la vie professionnelle et la vie personnelle. Le phénomène est de plus en plus fréquent, notamment chez les cadres.


Le principe est le suivant : même lorsque l’employé quitte son bureau, sa journée de travail continue (vérification du contenu d’un dossier, consultation des emails pour répondre aux plus importants/urgents, préparation d’une réunion, …). A l’inverse, ce même employé peut avoir à gérer des questions personnelles sur son lieu de travail.

Le baromètre Edenred Ipsos de 2015 nous donne une indication chiffrée sur l’ampleur du phénomène. Il s’avère que 78 % des managers sont sollicités par leur travail en dehors de leurs horaires professionnels. En parallèle, 81 % des managers sont amenés à régler des problèmes personnels pendant les heures de travail.

Ceci met également l’accent sur les différences générationnelles : un salarié de la génération X a plus tendance, ou, en tout cas, avait plus tendance il y a encore quelques années à se concentrer exclusivement sur son travail entre 9 heures et 12 heures, puis entre 14h et 18h, alors qu’un salarié de la génération Y ou Z tendra plus à allier travail et vie privée tout au long de la journée, et ce jusqu’au moment de se coucher !


Toujours joignables, toujours connectés


Avec la généralisation d’Internet, des smartphones et de leur connexion en 4G souvent illimitée, il est de plus en plus courant de consulter ses emails depuis son smartphone, en dehors des heures de bureau. Salles d’attente, transports en commun, canapé… autant d’endroits et de façons de rester connecté avec son travail !

Nombreux sont les outils de communication mis à la disposition des salariés : smartphones, tablettes et ordinateurs portables permettent d’emmener son travail à la maison, facilitant le travail à distance. Dans le cas où l’employé ne disposerait pas d’outils fournis par sa société, une simple connexion à internet depuis ses outils personnels lui permet de vérifier ses emails, par exemple. D’ailleurs, selon la même étude menée par Edenred, 71 % des salariés utilisent leur propre smartphone à des fins professionnelles.

Cette situation peut pencher dans les deux sens, et, si pour certaines personnes elle représente l’équilibre parfait, elle peut être difficile à assumer pour d’autres. On notera que l’omniprésence des technologies et la flexibilité qu’elles procurent conduit à une tolérance de plus en plus faible en termes de délais et à l’exigence croissante d’instantanéité.

 

 
Droit à la déconnexion pour les uns, privation de technologies pour les autres


Alors que certaines entreprises se vantent de pratiquer officiellement le blurring pour attirer les candidats, d’autres tentent de mettre en œuvre des solutions pour forcer la déconnexion de leurs employés.

Il peut effectivement être alléchant de savoir que votre employeur ne vous en voudra pas si vous faites autre chose que travailler pendant vos heures de travail, c’est-à-dire si vous réglez des questions d’ordre personnel. Cette indulgence témoigne d’une certaine ouverture d’esprit de la part de votre manager, qui estime que tant que le travail est réalisé dans les temps, et bien réalisé, il n’y a pas de raison de vous blâmer. Cela étant intégré, vous pouvez vous organiser comme vous voulez.

Mais si vous êtes autorisé à régler vos problèmes personnels au travail, à l’inverse vous pourriez être amené à régler certaines tâches professionnelles à la maison, au risque de vous sentir dépassé et de ne jamais avoir l’impression de quitter le bureau.

Ce rallongement du temps de travail journalier peut même aller jusqu’à engendrer un burn-out, phénomène d’épuisement physique et psychologique lié à une surcharge de travail (voir notre article - Bore-out et Burn-out : de l'ennui à l'épuisement professionnel).

Côté manager, la vie personnelle qui empiète sur la journée de travail peut agacer. A priori, lorsque le phénomène inverse se produit, le chef d’entreprise pourrait se féliciter d’un tel engagement de la part de ses collaborateurs. Mais la réalité n’est pas aussi simple. En effet, certains perçoivent l’envoi d’un email professionnel à minuit comme une preuve de dévouement pour leur travail, un signe d’implication et d’investissement. D’autres sont conscients des dangers d’une hyper-connexion qui peut en réalité s’avèrer contre-productive.

Il est donc primordial de considérer le bien-être des employés et de mesurer les conséquences du blurring sur leur santé. Les sociologues, DRH et directeurs d’entreprises se penchent de plus en plus sur la question, intégrant le blurring comme une des variables de la fameuse QVT (Qualité de Vie au Travail).

Certaines entreprises  sont en effet conscientes des bénéfices de la déconnexion sur leurs employés. Soucieuses de leur bien-être (et de leur productivité), leurs dirigeants mettent en place des horaires de déconnexion obligatoires. A titre d’exemple, Areva a interdit l’accès à la boite mail après 18 heures. Canon et Thalès Avionics ont instauré des journées sans e-mail. D’autres bloquent  l’accès aux téléphones professionnels en dehors des horaires de travail ou conseillent de désactiver la synchronisation de emails pendant les congés. D’autres encore font en sorte de limiter l’envoi des mails en interne, souvent trop nombreux et polluants la productivité de leurs employés. Ils choisissent alors de privilégier les messageries instantanées internes, ou mieux encore, la communication verbale en face à face.

 

Lorsque cette frontière entre vie personnelle et vie professionnelle s’estompe et que le concept est apprécié par le salarié, il y voit une manière de conjuguer ses « deux vies », en trouvant un terrain d’entente, sans sacrifier l’une ou l’autre. Tout est une question d’organisation, selon la philosophie suivante : Vous ne voulez pas avoir à choisir entre votre vie de famille et votre carrière ? Aménagez-vous donc autant que possible un emploi du temps sur-mesure !

En effet, il n’est pas rare de voir des salariés quitter plus tôt leur travail pour accompagner leurs enfants à telle ou telle activité, puis une fois les enfants couchés, la journée de travail reprend pour terminer les tâches abandonnées plus tôt, cette fois-ci, au milieu du salon. Une manière de satisfaire son épanouissement professionnel tout en favorisant sa vie de famille.

 

Les bienfaits de la déconnexion

Une étude de Leslie Perlow de 2012 réalisée avec les consultants du Boston Consulting Group, ayant pour habitude d’être connectés jour et nuit pour satisfaire les besoins de leurs clients a démontré des faits intéressants : la moitié des employés qui se sont déconnectés une soirée par semaine pour effectuer l’expérience avaient hâte de venir travailler le lendemain matin, contre 27% de leurs collègues qui ne se sont jamais déconnecté. D’autre part, 86% des consultants de cette société basée dans le Nord-Est des Etats-Unis ont adopté cette habitude de déconnexion suite à l’expérience, témoins des bienfaits qu’elle procurait.

 

Vers une règlementation ?

Pour le moment, le droit à la déconnexion ne figure pas dans la loi. Le feu vert est donc donné aux entreprises pour mettre en place des mesures internes allant dans ce sens. Cependant, il fait partie des pistes de réforme sur le Code du travail qui seront présentées début 2016 par la ministre du travail, Myriam El Khomri.

Notre rapport au temps de travail étant en pleine mutation, des mesures s’imposeront forcément pour satisfaire toutes les parties prenantes. La réglementation du droit à la déconnexion semble difficile à mettre en œuvre dans la mesure où chaque entreprise a ses particularités, de la même façon que chaque employé peut vivre une même situation de manière totalement différente. Le sur-mesure semble assez pertinent, une manière de considérer les problématiques inhérentes à chaque entreprise, dans le bus d’instaurer une connexion responsable et de valoriser un nouveau modèle d’organisation du travail.

Dans ce monde professionnel en pleine évolution, l’enquête Edenred démontre tout de même que 64 % des salariés sont satisfaits de l’équilibre entre leur vie personnelle et professionnelle.

N’hésitez pas à nous parler de vos habitudes : avez-vous tendance à consulter vos mails professionnels en dehors de vos horaires de travail ou pendant vos vacances ?

 

Crédits images : www.fotolia.com

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lundi 23 septembre 2019
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