Prise de parole : Faber, Denisot, Fillon et la revanche des didacticiens

Prise de parole : Faber, Denisot, Fillon et la revanche des didacticiens

Crédits photo : Hermès Le Court de Béru


Chacun sait que la façon que nous avons de prendre la parole influe directement sur notre pouvoir d’influencer les choses, de donner du sens à ce que nous entreprenons.


Depuis cent trente ans, il n’y a plus d’enseignement de la prise en parole en France. C’est toujours la rhétorique, un enseignement datant de la Grèce antique qui continue de poser son dictat.

Dans nos représentations collectives, le tribun représente l’orateur portant le verbe avec émotion et puissance. Chacun choisit son modèle, selon ses inspirations, ses admirations, son histoire personnelle. Citons en vrac Bernard Tapie, Jean-Luc Mélenchon, Fidel Castro, Nicolas Sarkozy ou encore Jean-Marie Le Pen.

Mais voilà que les faits nous démentent ! Les vrais tribuns déçoivent, ne sont plus écoutés alors que d’autres formes oratoires triomphent. On peut en effet reprocher aux tribuns de porter trop leur émotion, ce qui empêche l’allocutaire de vivre la sienne et nous fait sombrer dans le pathos.

Cette parole didactique, strictement opposée à celle du tribun, a déjà ses modèles. Michel Denisot, symbole de longévité télévisuelle, Emmanuelle Faber, Président de Danone et François Fillon, vainqueur surprise des primaires à droite, attestent de cette évolution majeure.

Ceux qui connaissent le travail de Michel Denisot et son incroyable longévité à Canal+ auront noté quelques éléments caractéristiques de son travail. Son oralité est avant tout une voix installée dans les graves, avec un volume plutôt bas et constant. Un allocutaire friand de tribun pourrait vite le caractériser « d’ennuyeux ». Sa communication parfois couverte par les intervenants ou les applaudissements obligeant, de fait, le téléspectateur à tendre l’oreille. Par une écoute active, il saisit le bon moment pour intervenir et oblige avec douceur les intervenants à faire silence. Cette communication sans effet de manche, à distance de ses émotions, lui a permis de durer sans jamais user le téléspectateur.

 

Toute personne s’intéressant à l’art oratoire et qui chercherait sa voie (ou sa voix…) peut visionner l’intervention d’Emmanuel Faber lors de la remise des diplômes à HEC. Vous verrez comment un didacticien peut nous raconter une histoire personnelle à distance de ses propres émotions et nous laisser vivre les nôtres. Vous constaterez qu’une parole qui peut sembler manquer de relief laisse à l’allocutaire la charge émotionnelle et peut aussi faire lever la salle.



Enfin, comment serait-il possible de passer à côté de cette incroyable surprise des primaires où en trois débats publics, François Fillon a renversé la table. François Fillon, un didacticien pur jus. Crédité de 10 % d’intentions de vote à un mois de l’échéance, il réalise 44,5 % au premier tour pour terminer à 66% au second tour. D’aucuns prétendent que ces débats lui ont permis de faire partager son programme et qu’il a gagné sur le fond. Pourtant, beaucoup de personnes avouent avoir écouté le dernier débat pour « bien comprendre » le programme du candidat. Une autre façon de considérer que 44,5 % des personnes l’ont placé en tête sans connaître réellement son programme. Cette incroyable progression s’est donc faite autant sur la forme que sur le fond. Les clefs de la réussite de François Fillon : clarté sur le contenu, un discours « d’égal à égal » avec l’allocutaire, loin du « sachant » que véhicule souvent la parole du tribun et enfin une communication vide de chantage émotionnel, qui rassure et qui dégage respect, honnêteté et bienveillance.

Sur le fond, il porte les nomoi de la Grèce ancienne, forte de ses traditions de la coutume de ses ancêtres. Au sens de la conscience arabe, il est le représentant de la turath, une sorte de tout culturel qui englobe une foi, une loi, une langue, une littérature, une raison, une mentalité et une projection dans l’avenir.

Prendre la parole et convaincre c’est dépasser le cadre de la rhétorique. S’ouvrir à la modernité de l’oralité c’est découvrir son authenticité, d’autres outils comme le mind mapping, la pleine conscience, la cohérence cardiaque.

La parole didactique progresse et devient convaincante. Elle correspond à son époque, soucieuse du contenu, d’un espace de réception pour l’allocutaire dans une démarche de coopération.

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Crédits photos :
Hermès Le Court de Béru
Wikipedia - Olitax
Wikipedia - Swaf75
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jeudi 14 décembre 2017
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